Une approche psychanalyste féministe ?

24 avril 2019 0 Par Powi

Avertissement

Après quelques échanges pas forcément courtois avec une personne se disant psychanalyste féministe, qui me semble en soit être un bel oxymore — Comment peut-on utiliser un outil du patriarcat totalement inscrit dedans, en cherchant à le combattre ? —, j’ai voulu vous faire cet article.

Évidement, il y aura du sexisme, certainement de la transphobie, de l’homophobie, de l’intersexophobie dans cet article, on parle de psychanalyse, à un moment donné… Forcément.

La personne avec qui j’ai échanger se trouve être Mathilde, co-gérante de PayeTonPsy, écrivaine du blog Le Divan Féministe.
Je nomme la personne ici pour lui reconnaître la maternité des propos cités. Je vous demande de la laisser tranquille, je souhaite pas afficher cette personne dans un but d’humiliation, de vengeance ou qu’est-ce. Simplement, elle est l’autrice de passages que je vais citer dans ce texte.

Le bateau vert

La personne avec qui j’échangeais m’a dit que si la théorie sexuelle était une base de la psychanalyse, elle n’était pas indispensable. Je me suis permise un parallèle plus concret :

Si on a un bateau vert, qu’on appelle « bateau vert » dont on change toute les planches vertes par des planches rouge, l’appellerons-nous toujours « bateau vert », ce a quoi la personne m’a répondu :

Ce n’est pas la même structure qu’on aurait juste repeinte, je pense vraiment qu’elle a profondément évolué et je suis ravie de voir des textes de queer psychanalyse et

La personne en question

Oui, il ne s’agit plus d’un bateau et il n’est plus vert. On l’appelle toujours « bateau vert » ?_?

La psychanalyse nous vient de Freud, puis a été développée notamment par Lacan et d’autres. Elle est dangereuse, j’essaie de le témoigner via mes articles et vidéos au maximum, Sophie Robert le montre avec Dragon Bleu TV et les films le mur, le Phallus et le Néant. Le Livre Noir de la Psychanalyse le met aussi en lumière,… Les ressources ne manquent pas.

Sachant que la psychanalyse est dangereuse, nous le prouvons quotidiennement, principalement pour les femmes, les personnes neuroatypiques, les personnes queers… Chers théoricien·nes d’une queer psychanalyse, pourquoi utiliser le terme « psychanalyse » pour définir quelque chose qui ne serait pas dangereux ?

Pour en revenir au bateau vert, si vous voulez supprimer tout ce qui est dangereux dans la psychanalyse [toutes les planches vertes], c’est à dire à peu près tout, pour y remplacer par d’autres concepts plus modernes [des planches rouges] pour au final construire quelque chose qui ressemble à peine à la psychanalyse [même pas un bateau], pourquoi l’appeler « psychanalyse » [bateau vert] ?

Quel est l’intérêt de la Queer Psychanalyse ?

Je vous pose la question comme Franck Ramus a posé la question dans un autre contexte, Quel est l’intérêt de la neuropsychanalyse ? Je vais le citer :

Je n’ai aucun doute que les scientifiques renommés que j’ai cités condamnent tous ces abus [NDLR : Je mets le passage qui parle des abus à la fin de l’article dans « Extra »], et montrent un soutien sans faille à la psychologie et à la psychiatrie fondées sur des preuves. Mais ils devraient réfléchir à deux fois avant de faire des déclarations pouvant être interprétées comme une réhabilitation de la psychanalyse (à moins qu’ils n’aient de nouvelles données éblouissantes à révéler, bien entendu). Ils doivent être conscients de toutes les conséquences entraînées par le fait de préserver à tort la popularité de la psychanalyse. Ils doivent être conscients qu’ils seront enrôlés malgré eux dans la défense de pratiques diagnostiques et thérapeutiques indignes, au détriment des patients, même si cela se passe dans des pays éloignés.

Franck Ramus

Je pars du même constat : Je n’ai aucun doute sur la volonté féministe de la personne citée, mais hey… En proposant une « queer psychanalyste », quand bien même elle serait intéressante, n’avez-vous pas peur de redorer le blason de la psychanalyse majoritaire, celle de Freud, Lacan, Dolto et autres théoricien·nes aux idées particulièrement dangereuses ?

Et puis… Et puis… Quel est l’intérêt, au final, d’avoir une théorie qui prouve difficilement son efficacité — Bon d’accord, à 140 séances par ans pendant 6 ans, on a des résultats sur des troubles de la personnalités, tant que ceux-ci ne sont pas graves — Si ce n’est pour se palucher la nouille ? Proposer une oreille ?

Proposer une oreille ?

Mon interlocutrice s’est posée la question sur son blog, Qu’est-ce que je fais là ?
Elle y conclut notamment :

Puis je me rappelle que mon rôle n’est pas du “faire” mais de l’écoute. En finissant l’entretien, beaucoup me remercient pour ce moment où iels n’ont pas été jugé·es mais simplement entendu·es, écouté·es. Là où je repars avec de la frustration (qui est uniquement la mienne), elleux se sentent soulagé·es d’avoir pu déposer quelque chose, un petit bout de leur histoire.

Le Divan Féministe

C’est un peu dommage, après un bac+5, de n’avoir que ça à proposer, non ?… Une oreille « qui ne juge pas » (d’ailleurs,on a vu à quel point c’était faux)

Et puis… Vous aviez vraiment besoin de réhabiliter la psychanalyse pour proposer une oreille « qui ne juge pas » ? Bon d’accord, elle dit aussi plus tôt :

J’ai cependant une boîte à outils remplie de concepts et de jolies théories qui m’aide à mettre du sens dans tout ça.

Le Divan Féministe

Des « jolies théories » bon, on doit pas avoir la même définition de « jolie », mais c’est subjectif. Je préfère, en tant que patiente, des théories où le qualificatif associé est objectif comme « théories validées scientifiquement », mais effectivement, ça ne s’applique pas, là.

S’il y a une demande pour venir nous voir, c’est bien qu’on nous suppose un savoir (ça fait très mystique tout ça, non?).

Le Divan Féministe

J’aime bien ce passage, je le trouve un peu ironique. Genre… Hey, tu as fais un Bac+5, c’est normal qu’on te suppose un savoir…

Finalement, je sers donc bien à quelque chose, il y a des effets. En prêtant mon écoute et un espace sécurisant et bienveillant pour y déposer ce qu’on y veut, il se passe des choses.

Le Divan Féministe

Je serais bien hypocrite de te dire que de tels espaces sécurisants et bienveillants sont inutiles. Par contre, primo de tels espaces ne sont pas compatibles avec la psychanalyse [J’en parle là]. Deuzio, si c’est le seul truc qui ressort de 5 années d’études, c’est quand même super pauvre, à côté de ce que proposent par exemple les TCCs. Troizio, est-ce vraiment le travail d’un·e soignant·e de n’être qu’une oreille « non jugeante » ?

Le rôle ne serait pas de faire, mais d’écouter

Vraiment, c’est ce qu’on peut lire dans l’article en question… Alors bon encore une fois, un bac+5 pour savoir écouter, quand même !

Votre rôle de psychologue, c’est bel et bien de faire. De faire quelque chose pour soigner læ patient·e. Si vous ne faites rien, face à une personne en danger, ça porte un nom « Non assistance à personne en danger ».

Parce qu’une personne qui vient consulter un·e psychologue, elle vient pas juste taper la discute. Que ça soit pour un trouble de stress post-traumatique, un trouble de la personnalité borderline, un trouble du déficit de l’attention, que sais-je encore… Juste taper la discute, ça va clairement pas suffire ! Bon pour certaines personnes et pour certains troubles, ça peut suffire, grâce à l’effet contextuel en grande partie. Mais sinon, les Thérapies Cognitivo-Comportementales [TCC] par exemple, proposent des résultats qui sont bien supérieur à l’effet contextuel, elles… Parce qu’elle ne font pas que parler.

L’effet contextuel aura certainement droit à son article détaillé sur ce blog. En attendant, au format vidéo et avec un langage un peu vulgos, voici une vidéo qui en parle très bien :

Extra :

Sur les abus de la psychanalyse dont parle Franck Ramus

En France, par exemple, les pédopsychiatres formés à la psychanalyse rejettent les classifications internationales des troubles mentaux en faveur de leur propre classification unique au monde ; retardent le diagnostic de l’autisme ou lui substituent un diagnostic psychanalytique tel que « psychose infantile » ; retardent ou empêchent toute forme d’intervention éducative ; pratiquent à la place des formes de psychothérapie analytique dont l’efficacité n’est soutenue par aucune donnée factuelle(dont certaines particulièrement discutables comme le packing) ; rejettent sur les parents la responsabilité des troubles neurodéveloppementauxde leurs enfants ; et peuvent aller jusqu’à attaquer en justice une réalisatrice qui ose exposer leurs idées sur l’autisme

Franck Ramus

Crédit

Sefuja, Géraldine, Mey : Relecture & amélioration de l’article brut.
Powi : Écriture.
D’autres personnes ont participé à la relecture : Armaruak, pitikoala,…
Merci à toutes ces personnes pour cet article.